Plusieurs scientifiques étudient les différences entre les impacts des aérosols et les impacts des GES sur les températures de surface d’une région. La présence ou non des fines particules d’aérosols masquerait-elle l’effet de réchauffement dû aux GES? Une étude récente par Rolf Philipona et al (2009) de Météo Suisse sur ce sujet vient
d’être publiée.
Dans celle-ci, les auteurs ont essayé de démontrer le rôle qu’ont eu le déclin des aérosols et l’augmentation des GES sur la rapide augmentation de température depuis 1980. En effet, selon les observations disponibles, on a pu remarquer une légère diminution des températures de 1950 à 1970 et une forte augmentation de température de 1980 à maintenant. Les radiations solaires ont suivi la même tendance durant ces périodes avec une diminution dans les années 50-70 et puis une augmentation. De plus, en Europe Continentale, les rejets d’aérosols ont fortement augmenté après la seconde guerre mondiale pour ensuite diminuer fortement (60%) suite à la prise de conscience sur les dangers des aérosols sur la santé. Le protocole d’étude de Philipona et al (2009) a été d’analyser les radiations dues aux GES et dues aux aérosols. Les auteurs ont ensuite mis cela en relation avec les observations de température et d’humidité effectuées par les stations météorologiques suisses et allemandes.
Ils ont donc déterminé le bilan global des radiations en isolant les radiations dues aux aérosols aux courtes longueurs d’onde, les radiations dues aux GES aux grandes longueurs d’onde. Ils n’ont pas négligé les rétroactions dues aux nuages et à la vapeur d’eau sur la période de temps allant de 1980 jusque 2005. Ils ont ainsi pu déterminer une tendance du forçage des aérosols (effet direct et indirect) de l’ordre de +0,76 [+0,03 à +1,5] W m-2 dec-1 pour la Suisse et +1,25 [+0,17 à +2,32] W m-² dec-1 pour les stations allemandes.
Leurs conclusions sont prudentes : « l’augmentation de la pollution de l’air de 1950 à 1980 et la subséquente diminution drastique de ces émissions en Europe et dans les pays industrialisés expliquent en toute probabilité les observations sur l’évolution des températures en Europe Continentale (45°-55°N ; 5°- 15°E). La légère diminution de
température de 1950 à 1980 est en ligne avec l’augmentation des aérosols et de l’affaiblissement solaire qui ont compensé le réchauffement dû aux GES anthropiques […]». Ils concluent que dans le futur, l’évolution des températures devrait dépendre seulement des GES car les aérosols ont maintenant atteint un
niveau stable et bas en Europe.

Source : Philipona et al (2009)
Le constat de l’évolution des rejets des aérosols, c’est-à-dire l’augmentation durant la période 1950 à 1980 puis la diminution, avait déjà été établi. Tout comme le constat de la légère diminution (certains scientifiques parlent plutôt de stabilisation) de la température durant la période de 1950 à 1980 suivi de l’augmentation des températures, avait aussi été acté. Le lien entre eux était supposé (Ramanathan et al, 2001). Philipona et al (2009) semblent confirmer ce lien possible entre les aérosols et l’évolution des températures. Shindell et al (2009) suggèrent aussi que les aérosols ont joué un rôle dans l’évolution des températures durant le vingtième siècle. Cela demande sans aucun doute confirmation par d’autres études.
L’article à lire : Philipona R., Behrens K. & Ruckstuhl C., 2009: How declining aerosols and rising greenhouse gases forced rapid warming in Europe since the 1980s, Geophysical research Letters, 36 (2).
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